Jean, Francis, Roger   BIHEL

Date de naissance :

13 avril 1920

Lieu de naissance :

Equeurdreville-Hainneville (Cherbourg-en-Cotentin) (50) France

Date de décès :

20 juillet 1992

Lieu de décès :

Cherbourg-en-Cotentin (50) France

Engagement dans les FNFL :

3 juillet 1940

Matricules :

2189FN40

Affectations :

Minerve, Doris

Grade atteint pendant la guerre :

Quartier-maître torpilleur

3 juillet 1940

Engagement : FNFL

Extrait des mémoires de Pierre Sonneville,  « Les combattants de la Liberté » :


« A bord du Courbet, un jeune quartier-maître torpilleur attend lui aussi : Bihel, qui était affecté à l'Atelier torpilles de Cherbourg a été évacué le 18 juin avec le personnel de l'Arsenal et du dépôt des équipages. Après avoir rallié de Gaulle, il s'est retrouvé, sans emploi, sur ce vieux bateau, et a décidé, bien que personne ne l'en ait chargé, de recruter des volontaires pour reprendre les sous-marins.

Bihel me connaît de vue et mon arrivée lui paraît providentielle. Dès qu'il a pu réunir ses « recrues », il vient avec eux se mettre à mes ordres. J'ai beau lui expliquer qu'il n'est pas question de réarmer des sous-marins dont le matériel est resté sur les quais de Cherbourg, que d'ailleurs je vais avoir une autre affectation ; rien n'y fait. Lui et les dix hommes qui l'accompagnent attendent au garde-à-vous que je change d'avis : il me fait penser à un épagneul qui vient de trouver un nouveau maître.

Parmi ces volontaires, aucun n'a navigué sur un sous-marin ; il n'y a d'ailleurs aucun breveté en dehors de Bihel : c'est ce qui rend leur bonne volonté amusante et touchante à la fois. Tout autant que l'écoeurement que j'éprouve après deux longues journées à bord du Courbet, le côté « farfelu » de cette aventure me décide soudain à accepter. En quelques minutes, le commandant du cuirassé, trop content de se débarrasser de nous, règle la situation administrative et me remet un ordre de mission pour Plymouth. Nous y arrivons le lendemain soir et nous trouvons asile à bord de l'aviso Commandant Duboc : le capitaine de corvette Bourgine qui le commande est un ancien sous-marinier ; il m'offre son hospitalité et son aide.

Et le 3 août au matin, je pars avec Bihel prendre possession de la Minerve et de la Junon ; ce n'est pas si simple : l'officier britannique qui en est responsable m'interdit de monter à bord et me renvoie au Rear Admiral (contre-amiral) Burgess-Watson qui est responsable des navires ex-français. Ce dernier me fait remarquer qu'il n'a reçu aucune instruction à mon sujet et me met à la porte : c'est un véritable bouledogue !

Bourgine me calme ; il me conseille de partir pour Londres et d'aller voir l'amiral Max Horton qui commande les sous-marins britanniques : à moi de le convaincre. Et c'est ce que je fais dès le lendemain. Le 8 août 1940, à la fin d'une belle matinée, le quartier-maître torpilleur Bihel, et dix matelots, sans spécialité, sont alignés sur le pont à l'arrière de la Minerve et de la Junon. Les marins anglais ont amené leur pavillon et se tiennent au garde-à-vous sur le quai ; quelques ouvriers passent, certains s'arrêtent, sans grande curiosité.

L'enseigne de vaisseau de première classe Sonneville donne l'ordre de hisser les couleurs, dit quelques mots aux hommes dont il vient de prendre le commandement et remercie le capitaine de corvette Bourgine, commandant de l'aviso Commandant Duboc, seul témoin officiel de cette cérémonie. Puis acteurs et spectateurs repartent vers leurs occupations. Les Forces Navales Françaises Libres viennent de récupérer deux unités que, d'ailleurs, personne ne leur contestait. »